Le juge et le maire

On pensait en avoir fini avec l’affaire des amputés de salaire, mais non. La Saga continue

Nos collègues  nous ont fait connaître le courrier les concernant, envoyé par le maire le 10 février 2020… Les bras nous en sont tombés, car nous versons là dans la farce, tellement l’artifice est grossier.

Ce qui s’est vraiment passé ? Des agents ont été obligés d’attaquer leur employeur pour récupérer leurs primes, supprimées injustement par le maire !

Ce que le maire leur écrit ? Il prétend qu’il n’a jamais pris la décision pour laquelle il a été condamné… D’ailleurs, il n’évoque pas une condamnation, mais une « décision » qui le « sécurise » pour leur payer ce qu’il a été condamné à leur payer (et qu’il n’aurait jamais payé sans cela)…

Un peu comme si quelqu’un qui vous avait volé votre sac vous expliquait qu’il est « sécurisé dans sa décision » de vous rendre vos affaires parce que le tribunal le lui a a ordonné…

 

LE JUGE ET LE MAIRE

Un édile face au juge un jour fut envoyé,
Pour avoir de ses gens les primes amputé.
Il entendait ainsi punir les syndicats,
D’avoir fait une enquête sur un bien triste cas.
« Vous n’aurez plus ces primes, »
avait-il annoncé
« Car de ce suicide là, il ne faut point parler. »
Les chargés de mission furent donc tous saisis,
reçus l’un après l’autre, et d’argent démunis.
Mais le maire voulait pour un gentil passer
Et un air innocent il avait affecté :
« Moi je n’y suis pour rien »
répétait-il, candide,
« C’est l’administration qui leur ôte leurs subsides ! »
Et la colère crut tant, devant un tel mensonge,
Que c’est en face du juge qu’il dût jeter l’éponge.
« Ce n’était pas ma faute » affirmait monsieur le maire,
« le trésorier payeur m’a forcé à le faire. »
« Que nenni, »
fit le juge « il ne le pouvait point,
Et c’est bien de ton fait que tes agents touchent moins.
Ainsi je te condamne à leur rendre leur dû. »
Mais le maire, chafouin, joua le malentendu !
De sa plus belle plume il écrivit aux gens :
« D’avoir été jugé, me voila bien content !
Et cette décision me rend plus clairvoyant.
La justice est d’accord : les autres sont méchants !
Moi je suis un bon homme et je vais restituer
Ces primes qu’à raison vous aviez réclamé.
Ah mes braves, ah mes chers, ah mes bien bons agents !
Vous m’avez assigné ! J’en suis heureux, vraiment. »
Injustement punis en dépit du bon droit,
Ils reçurent un mensonge empreint de mauvaise foi.
Pourtant le juge l’a dit : le maire est responsable,
De cette amputation, c’est bien lui le coupable !
La justice est tristesse, gâtée d’une amertume,
Quand le fautif ainsi vous prend pour une enclume.
Et le maire qui ainsi inverse les sentences
Sur quoi d’autre ment-il avec belle insistance ?

 

 

 

2 réflexions sur “Le juge et le maire

  1. quel talent ! …….je parle du poète qui a écrit ces vers bien sûr 🙂

    bravo belle victoire pour les collègues qui se sont battus pour le respect de leurs droits. je vais peut être finir par croire en la justice de ce pays…. ce qui en ses temps de procès Fillon et Balkany me mettait plutôt dans un affreux doute sur son indépendance.

    • Force est de reconnaître, que jusqu’ici, qu’il s’agisse de la question de la Bourse du Travail, de la diffamation ou des amputés de salaire, à chaque fois que les tribunaux ont rendu un verdict il a été en faveur de la CGT ou des agents. Un peu de délai, naturellement, et une difficulté pour faire reconnaître les cas de harcèlement. Mais jamais il n’a gagné devant le tribunal.

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