HARCÈLEMENT MORAL ET SOUFFRANCE AU TRAVAIL

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Le site Espace CHSCT revenait récemment sur la question du harcèlement moral au sein de France Télécom (devenu Orange). Cet exemple de France Télécom nous interpelle d’autant plus qu’il a été évoqué lors du Conseil Municipal du 24 juin, dans le cadre du débat autour des rapports de la Médecine du Travail, de la Psychologue du Travail et de l’assistante sociale, présentés lors de la séance commune CT/CHSCT du 21 juin, et suscité un vif débat entre les conseillers municipaux – l’un d’entre eux arguant que la souffrance des agents n’était pas imputable à la politique managériale de l’entreprise – ni à Villejuif, ni donc, à France Télécom.

En gros, le problème ce sont les agents qui sont trop sensibles.

Il semble bien que la justice ne l’ait pas entendu de cette oreille et qu’une évolution des mentalités au sein des entreprises ait généré quelques progrès en la matière. Ce n’est pas dommage…

Aussi nous espérons que notre employeur, prendra, malgré les postures de certains élus municipaux, la mesure de ce que représentent les Risques Psychos Sociaux, de ce que sont véritablement le harcèlement, la souffrance au travail, le burn-out, le bore-out, avant que nous ayons à déplorer une tragédie.

C’est à cette fin d’ailleurs que le CHSCT a décidé que devait être dressé un diagnostic des Risques Psycho Sociaux, dont la première étape sera la réalisation d’une enquête auprès de tous les agents de la collectivité. La première nécessité c’est de se poser des questions.

En effet, il est simpliste de décrier toujours les agents qui seraient « trop fragiles », de ne pas réaliser que le harcèlement nait souvent de la pression exercée par les décideurs de l’entreprise « pour le bien de l’entreprise » (ou de la collectivité), de croire que ça n’arrive qu’aux autres et d’être harcelé ou de devenir harceleur, et qu’une éventuelle fragilité ne naîtrait pas de conditions de travail difficiles… Le premier pas est forcément une prise de conscience, la reconnaissance de l’existence de ces problématiques et leur prise en compte dans la politique managériale d’une entreprise, ou d’une mairie.

Espérons qu’à Villejuif, nous saurons apprendre rapidement.

Espace CHSCT – Harcèlement au travail : ce qui a changé depuis l’affaire France Télécom

Le parquet de Paris a récemment demandé le renvoi en procès pour « harcèlement moral » contre France Télécom et son ex-patron Didier Lombard. Entre 2008 et 2009, 35 cas de suicides ont été recensés. Depuis, les entreprises ont pris des mesures.

Il y a eu un processus de déni et d’attaque de la part de France Télécom », affirme Sébastien Crozier. En 2008, le président du syndicat CFE-CGC Orange, rapporte auprès des dirigeants de l’entreprise la situation d’urgence dans laquelle se trouvent les salariés de France Télécom. En vain. Les signaux d’alerte lancés par les syndicats ne sont pas entendus. Au cours des années 2008 et 2009, 35 suicides sont recensés.

« Ceux qui ont refusé de nous écouter à cette époque, ce sont eux qui sont inculpés aujourd’hui », explique François Cochet, directeur des activités santé au travail de Secafi.”

Le 7 juillet dernier, c’est-à-dire sept ans plus tard, les anciens dirigeants sont amenés à comparaître devant la justice. Le parquet de Paris a demandé un procès pour harcèlement moral contre France Télécom et son ex-patron Didier Lombard, ainsi que sept des dirigeants de l’époque. L’entreprise et son ancien PDG sont soupçonnés d’avoir mis en place une politique de déstabilisation des salariés pour accélérer les départs au sein de l’entreprise qui ont entraînés une vague de suicides. Le scandale a déclenché « une prise de conscience collective », selon Jean-François Naton, conseiller confédéral CGT. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Les modes d’organisation sont délétères »

France Télécom est un contre-modèle pour les entreprises et « reste dans les esprits, explique Sébastien Crozier. Les entreprises ont pris conscience que les personnes fragiles pouvaient retourner la violence sociale contre elle-même ». A la suite du choc provoqué par cette affaire très médiatisée, les pouvoirs publics lancent un plan d’urgence pour la prévention du stress au travail en 2009. L’objectif ? Aborder la question des risques psychosociaux dans les entreprises françaises.

« Ce plan a permis de donner des moyens et de caractériser les choses », rapporte le ministère du Travail. Pour Jean-François Naton, conseiller confédéral de la CGT en charge de l’activité Travail/santé/Protection-Sociale, la situation a évolué dans certaines entreprises car cela à fait surgir le débat sur la qualité de vie au travail.

« L’irresponsabilité managériale peut maintenant être sanctionnée. Ils ne peuvent pas dire ‘on ne savait' », précise-t-il.”

Nouvelle formation en management, meilleure prise en compte de l’équilibre vie professionnelle-vie privée, mise en place de baromètres sociaux afin de détecter les cas complexes ou difficiles… De nombreuses sociétés ont pris des mesures et lancé des états des lieux sur les risques psychosociaux. Des mesures nécessaires mais qui sont encore « insuffisantes », selon Martine Keyrer du syndicat CFE-CGC. « Ce qui a été fait après France Télécom n’a pas fonctionné. Les sociétés refusent de toucher à l’organisation du travail. Des lignes d’écoute sont mises en place, les salariés sont redirigés vers le médecin du travail mais ça ne suffit pas. Nous n’avons pas avancé sur les risques psychosociaux », ajoute-t-elle.

« Les entreprises adoptent encore un modèle d’organisation du travail productiviste qu’elles pensent efficace alors que ce n’est plus le cas, explique François Cochet. Il y a beaucoup de conformisme dans la façon d’organiser le travail. Les modes d’organisation sont délétères ».

« France Télécom est désormais en avance »

Chez France Télécom, devenu Orange, la situation s’est apaisée. Et le dialogue social a été rénové. Un accord pour la prévention du stress a été conduit. Tous les trois ans, une enquête de grande ampleur est menée à ce sujet.

“Cela permet d’analyser les évolutions avec du recul, souligne le directeur des activités santé au travail de Secafi. Il y a une réelle écoute de ce que disent les représentants du personnel. Au final, France Télécom est désormais en avance sur certaines entreprises”.

Mais pour Jean-François Naton, « les changements radicaux » ont été opéré dans les « sociétés exposées mais pas dans les autres entreprises ».

Le conseiller confédéral CGT a participé auprès du ministère du Travail à l’élaboration du nouveau plan santé au travail pour 2016-2020. « Le contenu du plan est jugé positif. Nous sommes passés d’une politique de réparation à une politique de prévention. Il faut désormais passer à l’action », ajoute-t-il. Le plan s’appuie sur un changement d’approche de la prévention. Il met l’accent sur ses retombées positives, en termes d’amélioration du bien-être des travailleurs comme de la performance de l’entreprise. Comme l’affirme Martine Keryer :

« Un salarié serein dont le travail est reconnu va être plus productif et créatif ».

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