A quoi sert le service public ?

La question est légitime, après tout ?

Le service public, nous avons l’air, nous autres fonctionnaires de ne pas pouvoir nous en passer. Mais sommes nous bien objectifs ? Après tout, les bucherons ne vont pas se plaindre du bois, et même ils en réclameront toujours plus à couper pour être sûrs d’avoir encore un travail demain.

La notion de service public peut désigner :

Au sens matériel, une activité d’intérêt général, assurée sous le contrôle de la puissance publique, par un organisme (public ou privé) bénéficiant de prérogatives lui permettant d’en assurer la mission et les obligations (continuité, égalité, mutabilité) et relevant de ce fait d’un régime juridique spécifique (en France : le droit administratif)

Au sens organique, l’organisme public gérant un service public (soit le plus souvent une administration ou un établissement public).

Source : Wikipedia

Le point d’achoppement est la notion d’intérêt général, naturellement. Elle est antinomique avec les intérêts privés, ou les intérêts particuliers. En effet, toute entreprise privée a avant tout un intérêt privé et particulier : le sien. Puisqu’elle est tenue au profit alors que la puissance publique est censée ne pas l’être…

Je vous invite à lire un communiqué de la Commission Départementale Services Publics des Alpes Maritimes, suite aux inondations du mois dernier…

Et l’actualité s’est chargée le week-end dernier de rappeler l’utilité de la fonction publique à tous.

Et oui, nous autres, les agents du service public, nous faisons tourner les hôpitaux, nous entretenons les routes, nous nettoyons les écoles, les rues, nous encadrons les centres de loisirs, nous animons les équipements culturels, nous organisons l’accès à l’éducation, au logement, les élections… Rien qu’en mairie de Villejuif, c’est quatre-vingt métiers différents.

Alors se pose la question : puisque notre société lutte contre le racisme, l’homophobie et la haine de l’autre sous toute ses formes, pourquoi continue-t-on de détester le fonctionnaire ? Parce qu’il coûte trop cher ? Parce qu’il est inefficace ?

C’est en tous cas la thèse du président du MEDEF, qui au lendemain des attentats estime que « la hausse du budget consacré à la sécurité ne doit pas remettre en cause la baisse générale des dépenses publiques. »

 

Soyons sérieux.

Nous vivons une époque où les allégations d’incompétence publique vont de pair avec une condamnation générale des fonctionnaires, à l’exception, on ne le dira jamais assez, de ceux travaillant pour la défense nationale. La seule forme de discrimination toujours autorisée – pour être plus précis, encore encouragée – aux États-Unis est la discrimination à l’endroit des employés du gouvernement fédéral, en particulier dans les activités relevant de la protection sociale.

John Kenneth Gallbraith,
L’art d’ignorer les Pauvres.
Source : Le Monde Diplomatique

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Et c’est ce que ne se prive pas de faire les serviteurs de ce que certains appelleront le Grand Capital. C’est une ironie suprême que le discours anti fonctionnaires soit relayé non seulement par toute une tranche du fonctionnariat européen, qui se gargarisera d’être seule compétente pour juger de l’incompétence de ses pairs, mais aussi d’un fonctionnariat d’état qui, dans un soucis d’économie publique, soit-disant, prône que les missions normalement dévolues aux communaux, aux agents du département, à une certaine frange des agents de l’État, soit désormais dévolue aux intérêts privés. C’est dans la logique de la privatisation de missions jusqu’ici considérées comme étant de service public.

Il est grand temps que notre société toute entière s’interroge à nouveau sur le sens de ce service public. Peut-il réellement être dévolu au privé et surtout, pourquoi ? Est-ce pour faire en sorte que les travailleurs publics, loin de former un seul corps capable de se mobiliser pour une de ses parties, se retrouve divisé et dans l’incapacité de s’organiser en un ensemble ? Est-ce parce qu’on veut réduire les dépenses publiques – et dans ce cas a t’on réellement des chiffres qui prouvent le prix excessif des fonctionnaires par rapport au privé ? Est-ce parce que le statut, qui protège le travailleur qui consacre sa carrière au service d’autrui mieux que n’est protégé le travailleur privé, est trop contraignant et qu’en clair, on ne peut pas virer ces feignants comme on voudrait ?

Sans doute un peu des trois.

Pourtant, toutes sortes d’indicateurs, à commencer par les chiffres de l’absentéisme indiquent qu’en France, non seulement le service public est efficace, mais qu’il est aussi compétitif sinon plus que le privé.

Il y a du beurre à se faire pour le privé dans la gestion des écoles, des gymnases, du nettoyage, du nettoiement, de la restauration collective en écoles ou en lycée, dans l’organisation des loisirs de nos gosses. Que le privé veuille s’en emparer pour en croquer c’est une chose. Que nous, fonctionnaires, ne soyons pas capables de nous en acquitter en est entièrement une autre.

Aussi, c’est plus facile de pointer la colère des gens contre ceux qui ne les satisfont pas totalement mais qu’ils ont en face d’eux à longueur de temps, que de la laisser s’exprimer contre ceux qui coûtent véritablement cher à la société et qu’ils ne voient jamais (ou qui doivent être réélus au mandat suivant). Que pèse le traitement (le salaire) des fonctionnaires dans l’équilibre des finances publiques, quand il faut sauver les banques en pleins crise des subprimes ?

Qui coûte cher à l’État ?

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