COURTE HISTOIRE DE LA CGT (1)

logo 120 ans Irise BonLa CGT a 120 ans, la sécurité sociale en a soixante-dix, les congés payés en auront quatre-vingt l’an prochain… La première guerre mondiale fête son premier centenaire, la seconde se terminait il y a soixante-dix ans.

Lorsque nous avons conçu ce blog, nous souhaitions de temps à autre pouvoir revenir sur l’histoire de la CGT, du syndicalisme, des luttes, des hommes. Parce que pour construire le futur, pour comprendre le présent, il faut souvent connaître l’Histoire. La grande Histoire qui n’est faite que de petites histoires…

Dans ce cadre nous vous présentons aujourd’hui le discours de Jacques Aubert, président de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT94. Nous avons cherché surtout à enrichir le texte par de nombreux liens vers des sites ressources…

 

La CGT a 120 ans et c’est un bien drôle d’anniversaire !

Par Jacques Aubert, président de l’Institut d’histoire sociale – CGT- du Val de Marne.

Car c’est au moment de souffler les 120 bougies que l’on constate que nous sommes en face d’une attaque du patronat sans précédent où l’ensemble des acquis sociaux sont remis en cause.

C’est à ce moment-là que le chômage est au plus haut, que les salaires sont au plus bas, que même la réglementation du travail est attaquée et que les effectifs du syndicat sont au plus bas.

C’est à ce moment-là que nous sommes amenés à nous interroger sur nos formes d’actions, sur l’efficacité des manifestations, sur la difficulté de recourir à la grève.

C’est à ce moment-là que notre stratégie de soutien à un gouvernement de gauche se trouve remise en cause par un gouvernement qui n’a plus de gauche que le nom.

C’est à ce moment-là que notre stratégie d’union syndicale se trouve confrontée à des partenaires syndicaux de plus en plus réformistes. C’est à ce moment-là que le patronat nous prend par les épaules et tout en nous étranglant, nous appelle partenaires et nous invite aux dialogues.

Et je ne parle pas des dysfonctionnements internes, récents, chacun sait à quoi s’en tenir.

De fait la CGT se retrouve aujourd’hui isolée dans sa stratégie de luttes des classes et dans son ambition de construire une alternative à l’exploitation de l’homme par l’homme.

Alors oui c’est un drôle d’anniversaire !

Mais voyez-vous camardes, cela aussi c’est une leçon de l’histoire : des moments où les militants CGT n’avaient pas de problèmes, où les adhésions arrivaient sans qu’on ait rien demandé, où les revendications étaient acceptées avant même qu’on déploie la banderole et où les décisions se prenaient à la CGT sans qu’il y ait confrontation des idées ! Ça, nous ne l’avons jamais vu !

Jusqu’en 1883 date à laquelle les syndicats sont enfin autorisés les camarades se battaient dans l’ombre. On risquait la prison et quand une manifestation était organisée c’était l’armée qui se dressait en face des militants. Et trop souvent les morts parmi les militants ouvriers se comptaient par centaines.

Rappelons-nous qu’en 1871 c’est l’ensemble du mouvement ouvrier qui a été fusillé lors de la Commune et que le mouvement ouvrier a dû repartir de zéro avant d’arriver à ce 23 septembre 1895 à Limoges où allait s’ouvrir le congrès fondateur de la CGT.

En 1895 certes le syndicat est légal et l’on peut enfin s’afficher comme CGT mais croyez-vous qu’il a été facile de faire travailler ensemble, les camarades des fédérations de métiers et les camarades des bourses du travail ?

Les deux organisations avaient leur propre conception de l’organisation et des luttes. Les premiers ne juraient que par le lien organique avec le mouvement socialiste et la confrontation de classe avec l’employeur et les seconds prônaient l’unité interprofessionnelle de la classe ouvrière et la grève générale hors des partis. Le moins que l’on puisse dire c’est que les réunions entre Révolutionnaires, Anarcho-syndicalistes, Guesdistes, ou Réformistes étaient pour le moins musclées pour ne pas en dire plus et il en a fallu des débats pour aboutir à la charte d’Amiens et à la reconnaissance de l’indépendance syndicale.

Pourtant c’est cette dualité entre organisations soit par fédérations de métiers soit par Union territoriale qui a fondée l’identité de la CGT et c’est encore cette même organisation qui fait la force de la CGT aujourd’hui.

A ce stade de l’histoire, comment, en évoquant les débuts de la CGT ne pas évoquer la mémoire de Fernand Pelloutier qui présidait les bourses du travail et qui défendait l’idée qu’il ne pouvait pas y avoir d’action revendicative sans éducation des travailleurs. Il a eu cette phrase remarquable : « il faut apprendre à la classe ouvrière la science de son malheur » Il devait mourir à 31 ans mais l’histoire du mouvement ouvrier lui doit beaucoup.

Par la suite, croyez-vous que les débats ont été faciles en 1914 quand les plus lucides appelaient à refuser l’union sacrée et que la majorité des dirigeants du syndicat faisait le choix de rallier la guerre bourgeoise et allait permettre que des millions de pauvres bougres aillent mourir dans les tranchées.

Croyez-vous qu’il fut facile après cela de reconstruire l’organisation syndicale.

D’autant plus qu’en 1921 le syndicat fait le choix de la division. C’est le moment où Léon Jouhaux va présider le syndicat des confédérés et où Gaston Monmousseau va prendre la direction de la CGTU. La déchirure de cette époque-là allait créer une cicatrice encore visible aujourd’hui.

Certes en 1936, il y eu la réunification et ce fut une grande période de conquêtes.

Rappelons-nous que les accords Matignon ont été signés conjointement par l’Etat, le Patronat et la CGT et que le lendemain de ces accords, on a dansé dans les usines.

Mais la fête fut de courte durée. Qu’on se rappelle 1939 et les camarades communistes exclus du syndicat. Qu’on se rappelle le sinistre René Belin membre de la direction confédérale et qui allait devenir Ministre du travail sous Pétain. C’est lui qui signera la Charte du travail et l’interdiction des confédérations.

Et chacun sait ici le lourd tribu que la CGT a payé pour libérer la France de l’occupation nazie. Les camarades fusillés, torturés, déportés, prisonniers se comptent alors par milliers.

Quand Guy Môquet part distribuer ses tracts un jour d’octobre 1940 à la gare de l’Est il ignore qu’il lui reste bien peu à vivre. Honneur à tous ceux-là.

Honneur à ceux de Châteaubriant sur 48 fusillés 25 sont des dirigeants de la CGT. Honneur à ceux de l’affiche rouge, à la M.O.I. dont faisait partie un certain Henri Krasucki. Honneur à ceux qui très nombreux donneront leur vie pour la France et leur idéal.

Honneur à ceux qui dans la nuit du 17 avril 43 vont signer les accords du Perreux sur la réunification syndicale. Honneur à Louis Saillant qui pied à pied, dans la clandestinité, va négocier le programme du CNR. Honneur enfin à toutes celles et ceux militants CGT qui libérèrent la France.

A la libération la CGT comptait 5 millions d’adhérents mais combien de Camarades ne sont jamais revenus à la fin de cette guerre.

Là encore la fête fut de courte durée.

Qu’on se rappelle la scission de 1947 et les débuts de la guerre froide.

Qu’on se rappelle la grève des mineurs en 1948 : 6 morts, des centaines de blessés, 3000 arrestations, 1500 peines de prison.

Il parait qu’à cette époque ce fut les trente glorieuses !

Elles ne le furent pas glorieuses pour ceux qui partirent en Algérie.

Là encore, contre tous, la CGT a su prendre ses responsabilités et soutenir les peuples en luttes pour leur indépendance. Rappelons-nous Charonne : sur les neufs morts neuf sont CGT.

Et souvenons-nous de 1968. Là encore ce fut une grande victoire.

Rappelons-nous de cette manifestation où nous défilions au cri de « Séguy au pouvoir ».

Mais rappelons-nous aussi des débats face au mouvement étudiant, face à la contestation gauchiste, face à la division de la gauche et de ce moment où il a bien fallu terminer une grève.

Certes on pouvait être fier d’être CGT dans ces année-là tant ce que nous avions gagné était important, mais comment oublier ce soir de Juin 68, où aux législatives, la droite fait 60% des voix.

Si la CGT a toujours été à l’avant-garde du combat pour l’égalité des salaires et l’émancipation des femmes, rappelons-nous que la disparition du journal Antoinette s’est faite dans la douleur.

Rappelons-nous les débats autour du programme commun ! Et fallait-il se réjouir de l’élection de Mitterrand quand déjà le tournant de la rigueur approchait et que la réaction populaire n’était pas au rendez-vous ?

Alors oui on a fait caler Juppé, oui on a fait capoter le CPE, mais quand le mur de Berlin est tombé est-ce qu’une partie de nos espoirs n’est pas tombée avec lui ?

Pas simple non plus quand nous avons vu monter les coordinations ou quand il a fallu constater qu’une partie de la classe ouvrière se laissait tenter par l’extrême droite.

Et que dire de la position de la CGT et des débats en interne au moment du Référendum sur la constitution européenne ?

Et quelle leçon devons-nous tirer des manifs gigantesques de 2010 qui n’ont pas pu empêcher le recul sur les retraites ?

 

Non ! Camarades à aucun moment de notre histoire cela aura été facile d’être militant CGT et de défendre nos principes tout en accompagnant un monde du travail en pleine mutation.

Il y a eu des hauts et des bas mais au soir de ces 120 ans d’histoire la CGT peut être fière de ce qu’elle a fait.

La CGT peut-être fière d’avoir su préserver ce qui est sa raison d’être, à savoir que dans un monde dominé par l’exploitation de l’homme par l’homme, elle a toujours été du côté des opprimés, elle n’a jamais abandonné l’espoir que demain un monde nouveau naîtra où cette exploitation aura disparue.

Il n’y a pas un jour où les médias ne nous expliquent qu’il n’y a pas d’alternative au libéralisme. Il y a 3000 ans on disait déjà à Spartacus qu’il n’y avait pas d’alternative à l’esclavage puis on a dit aux serfs qu’il n’y avait pas d’alternative à la royauté, qu’elle était d’essence divine et aujourd’hui on nous ressort le même discours pour justifier le libéralisme.

Mais camarade l’histoire est là pour en faire la démonstration contraire, les opprimés ont toujours trouvé une alternative à leur oppression et c’est cela le message que porte la CGT.

Pour conclure, je crois qu’il nous faut en toute objectivité nous poser cette question : que serait le monde si les travailleurs ne s’étaient pas défendu, si notre syndicat n’avait pas existé, si les militants, si vous, vous n’aviez pas lutté toute votre vie ?

N’ayons pas peur de le dire : grâce à la CGT, avec tous ses problèmes, ses contradictions, ses difficultés, mais aussi les luttes qu’elle a mené, celles qu’elle a gagné, avec la fraternité qui l’anime, avec sa volonté de ne rien lâcher, grâce à ses militants, grâce à vous, la dignité humaine, le monde, à fait un pas de géant vers le bonheur et la liberté.

Avec les 120 ans, c’est tout cela que l’on fête : le chemin parcouru et les victoires de demain.

Jacques Aubert Président de l’IHS CGT 94

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