LA BOURSE DU TRAVAIL N’EST TOUJOURS PAS A VENDRE…

Bourse du Travail Bien Commun« Victime de la mode, tel est son nom de code… » chantait MC Solaar – il y a déjà un bon quart de siècle ! Et il semblerait bien que notre maire soit victime de cette mode qui consiste à cibler les bourses du travail et à les faire fermer. Il n’est pas le seul.

Et tandis que le budget ne s’élabore pas et que les conditions de travail des agents municipaux se dégradent, faute d’orientation réelle, faute de réponses quand ils posent des questions simples, faute de confiance entre les élus qui fait que les circuits de décision sont extrêmement allongés, les attaques contre la Bourse du Travail continuent. Fort heureusement, le dialogue social, a repris…

Vendredi 6 mars, s’est tenue une nouvelle manifestation devant la mairie, juste avant le Conseil Municipal. Un beau rassemblement où les syndicats ont encore fait preuve de leur force et de leur capacité à rassembler. De leur côté, les élus villejuifois de la majorité continuent de faire montre d’un certain état d’esprit : la fermeture. Pas de dialogue, pas de réponses concrètes, et une rencontre prévue vendredi 20 mars (cinq jours avant le vote du budget, ce qui laisse peu de temps pour se retourner, informer les syndiqués, prendre des positions). A partir de là, difficile d’attendre autre chose que le prochain mouvement.

Mais pourquoi vouloir à tout prix maintenir la Bourse du Travail là où elle se trouve, nous demande-t-on (en réalité, c’est monsieur Vidal qui le demande). Il y a plusieurs raisons. Ce bâtiment est connu, central, adapté. Nous pourrions à la place demander plus neuf, mais la CGT est attachée à ce lieu, c’est vrai. En contrepartie, aucune proposition n’a été faite quant à un éventuel nouveau lieu. Difficile, quand il n’y a pas de contre-proposition, d’adopter une position ouverte ou d’entrer dans une négociation en confiance…

Qui plus est, s’en prendre à la Bourse du Travail, en pleine période de crise, d’austérité… Bref, quand la voix des syndicats pourrait gêner, est-ce vraiment un hasard ? N’est on pas en droit d’y voir une attaque menée sciemment contre les forces sociales ? Bien sûr que si. C’est pour cette raison que la CGT se bat contre la baisse des dotations aux collectivités territoriales, c’est aussi pour cela que nous manifestons contre toutes les attaques contre des Bourses du Travail.

Bref, la situation patine. Au moins cette fois ci, les élus Villejuifois auront tenu leur Conseil Municipal, avec un service de sécurité renforcé – sans doute bénévolement eu égard aux faibles ressources de la collectivité… Mais comme souvent, propreté et sécurité doivent passer avant les droits des travailleurs… Et le débat démocratique est supposé se tenir uniquement sur les bancs du Conseil Municipal – s’il faut en croire les aficionados des forums de 94Citoyens.

Non : le peuple est dans la rue et les travailleurs n’ont souvent pas d’autre moyen pour être entendus que de manifester. Difficile de croire, du reste, que les Villejuifois sont unanimement rangés derrière les positions de monsieur Le Bohellec (17.15% au premier tour des dernières municipales) et de monsieur Vidal (10.61% à ce même premier tour). Les autres composantes de l’Union Citoyenne semblent être d’un avis différent, voire contraire…

A l’UGICT des territoriaux, nous avons été interrogés plusieurs fois sur la question de la bourse du travail, et l’un des commentaires que nous avons reçu, mais que nous ne considérons pas comme représentatif, a été : « Mais pourquoi est-ce que moi, je n’y suis jamais allé à la Bourse du Travail ? Si je n’en ai pas eu besoin, moi, c’est bien que ce n’est pas utile à tout le monde ? »

On pourrait le croire, pourtant, la Bourse du Travail fait partie de ces échelons qui permettent notamment aux privés d’emploi et aux travailleurs des petites entreprises (et donc ni des hôpitaux ou des mairies) d’avoir accès à une représentativité, d’avoir accès à un syndicat. Les employés de ces entreprises n’habitent pas nécessairement Villejuif, mais ils y travaillent – et sont donc à compter dans les ressources de la ville, non ? Qui plus est, c’est un lieu de la vie syndicale où se déroulent réunions unitaires (entre plusieurs syndicats, entre plusieurs types d’activités), et des formations. Bref, c’est un outil quotidien de tous les syndiqués. Et en France, ce n’est pas comme dans les autres pays européens : les syndiqués se battent pour tous les travailleurs, et pas juste pour leurs adhérents…

Donc, même si on ne le sait pas, les Bourses du Travail peuvent nous être utiles indirectement…

On peut arguer, qu’elle ne fonctionne pas à 100% de ce qu’elle devrait fonctionner (et d’ailleurs, on ne s’en prive pas) mais j’ai un peu de mal à comprendre la logique qui pousse à réclamer un loyer aux syndicats et à remettre en cause leur occupation d’un local sous ce prétexte. Est-ce que dans ce cas il ne faudrait pas plutôt d’abord s’atteler aux locaux municipaux qui ne sont pas occupés ? Il y en a. C’est vrai que la bourse du travail pourrait mieux fonctionner, mais est-ce à la municipalité de donner des leçons ? Est-ce qu’elle fait, elle, tout ce qui est en son pouvoir pour que l’emploi et la vie associative soient revitalisées ? Est-ce que ce n’est pas une tendance générale, et pas du tout particulière à Villejuif, de constater que les associations, les syndicats ou les partis politiques ont du mal à tourner ? Quand prend-on en compte l’utilité sociale d’une bourse du travail ?

S’il faut dresser un parallèle, l’inspection de l’éducation nationale également occupe des locaux municipaux ? Y a t’il une contrepartie ? Si non, ne paraît-il pas évident qu’au vu de l’utilité de cette institution il serait absurde d’exiger un loyer ? Au même titre du reste, les hôpitaux ne payent pas de taxe d’habitation – enfin il me semble ?

Qui plus est, on pourrait poser d’autres questions : il faudrait vendre le bâtiment pour financer, par exemple, une police municipale ? Mais celle-ci est-elle réellement la réponse qu’espèrent les Villejuifois ? Dans quelle mesure pourra-t-elle se substituer à la Police Nationale ? Dans quelle mesure son existence servira-t-elle à l’État pour encore rogner sur le nombre de postes du commissariat du Kremlin-Bicêtre, déjà en sous-effectifs et qui gère Villejuif, le Kremlin-Bicêtre, Gentilly, et une partie de l’Haÿ-les-Roses ?

Décidément, cette précipitation à vendre, si on la replace dans le contexte d’austérité, ressemble beaucoup à une injonction des aisés aux moins aisés de vendre les biens des seconds pour financer le train de vie des premiers.

Alors rendez-vous devant le prochain conseil municipal ? Parce que la CGT ne lâchera pas…

 

Pour preuve :

Intervention lors du rassemblement à Villejuif du 6 mars 2015
par Cédric QUINTIN

Secrétaire Général de l’Union Départementale CGT94

Cher(e)s ami(e)s, Cher(e)s camarades,
Au nom des 5 organisations syndicales départementales à l’origine de ce nouveau rassemblement de ce soir contre la vente et la fermeture de la bourse du travail de Villejuif, je vous souhaite la bienvenue et vous remercie toutes et tous de votre présence.
Salariés et militants syndicaux de Villejuif, délégations venues de nombreuses entreprises du département, militants d’autres unions locales, citoyens de cette ville, militants et élus politiques de Villejuif et d’ailleurs, responsables associatifs…, soyez tous les bienvenus. Je ne pourrais, bien sûr, pas citer tout le monde tant nous sommes nombreux, néanmoins, permettez-moi de saluer la présence parmi nous de Philippe MARTINEZ, secrétaire général de la Cgt, de Pascal JOLY, secrétaire général de l’Union régionale Cgt d’Ile de France, Andrée THOMAS, secrétaire confédérale de Force Ouvrière, Gabriel GAUDY, secrétaire régional FO d’Ile de France.
Bien plus qu’un simple soutien ou « un secours » que vous nous apporteriez (comme j’ai pu malheureusement le lire cette semaine dans un quotidien), votre présence ce soir à nos côtés est le témoignage direct, concret de l’ampleur que prend aujourd’hui notre combat, mais également, le sérieux pour ne pas dire la gravité avec laquelle nous prenons cette affaire de la liquidation ou de la transformation de la bourse de Villejuif.
Blanc Mesnil, Val d’Oise, Toulouse, Philippe en dira sans doute un mot tout à l’heure, mais nous sommes conscients que Villejuif n’est malheureusement pas un cas isolé. La fronde antisyndicale s’accroit incontestablement et s’exprime sous différentes formes. Bourses du travail attaquées et remises en cause, affaiblissement des instances représentatives du personnel, dynamitage des prud’hommes, de l’inspection du travail ou de la médecine du travail, facilitation des procédures de licenciements, impunité de plus en plus grande des délits patronaux, voilà brièvement, dans quel environnement nous sommes et dans quel climat social s’inscrit inévitablement notre mobilisation d’aujourd’hui.
Car là est bien le fond du problème. D’un côté, des salariés de plus en plus fragilisés, précarisés, appauvris, vulnérables face à leurs employeurs, de l’autre côté, la destruction ou l’affaiblissement méthodique de toutes leurs protections que sont encore les syndicats, les bourses du travail, le code du travail ou les garanties collectives.
A Villejuif, pour tenter de nous convaincre du bien-fondé de leur projet qui n’est autre qu’une vaste opération de bradage du patrimoine local à des fins spéculatives immobilières, la majorité municipale conduite par son maire sarkozyste, nous fait le coup de l’équilibre budgétaire, de la rationalisation des biens et espaces publics dans un souci d’économies et des conséquences de la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités.

Rappelons ce soir, à cette majorité hétéroclite qui a autant d’avis sur l’avenir de la bourse qu’elle compte de courant au sein même de sa propre majorité, que ce sont précisément leurs formations politiques qui ont voté toutes ces lois de régressions et de désengagement progressifs de l’Etat, que pour notre part nous combattons. Rappelons également que la majorité actuelle du Conseil général, pourtant victime elle aussi de ce désengagement de l’Etat n’a à aucun moment fait le choix d’affaiblir ou de vendre la maison des syndicats de Créteil qui abrite aujourd’hui l’ensemble des centrales syndicales.

Deux rappels, deux exemples parmi d’autres qui montrent bien au fond les valeurs et véritables intentions de cette majorité. Pour cette dernière, nous sommes un coût, une charge supportée et financée par les villejuifois comme certains revanchards et ignorants de l’histoire sociale de notre pays ont osé l’écrire récemment dans un tract non siglé et non identifié. Quel courage ! Quelle honnêteté politique ! Je n’évoquerai pas ici la haine, tant ils n’en valent pas la peine, que peuvent journalièrement déverser sur les réseaux sociaux des militants et élus de cette majorité à notre égard et plus particulièrement, à l’égard de la Cgt. A l’évidence ça sent et ça transpire la haine, la confrontation de classe, la revanche sociale contre le progrès et les acquis du monde du travail.
Un mois après notre mobilisation ici même, après avoir rencontré le maire et son groupe, après avoir amplement écrit, communiqué, argumenté, force est de constater que rien n’a bougé ! Le maire et son équipe, après avoir joué la carte de l’incompréhension, de la maladresse de certains agents territoriaux ou du pseudo complot politique, reste droit dans ses bottes. Ils veulent brader pour 800 000 euros un bien public, un outil d’utilité sociale indispensable, qui en vaut au minimum 1,5 million d’euros. Mais qu’ils se rassurent, nous ne rentrerons pas dans leur jeu consistant à savoir combien, au fond, vaut cette bourse. Pour nous et les travailleurs qui la fréquentent ou qui sont amené à la fréquenter, ce bien public, au service de l’intérêt général, n’a pas de prix si ce n’est social et syndical ! Jusqu’au bout nous la défendrons et nous invitons une nouvelle fois le conseil municipal de ce soir à retirer de son orientation budgétaire la vente de cette bourse.

Il en a les moyens et possibilités, nous l’invitons donc à le faire dès ce soir ! Je sais que mes camarades de FO, de la FSU, de la CFTC et de Solidaires reviendront sur des aspects et arguments que nous avons déjà communiqués. Tous sont importants et nous devons continuer à les porter, les déployer jusqu’au retrait définitif de cette vente ou transformation de la bourse.
Autant provocatrice que scandaleuse, leur décision est un défi pour nous tous, pour tous les salariés et progressistes de Villejuif et d’ailleurs.
Que le conseil municipal et le maire de cette ville l’entendent, nous ne lâcherons pas. Nous manifesterons prochainement dans cette ville et reviendrons beaucoup plus nombreux encore le 27 mars s’il le faut.

Comme le disent nos affiches, « les bourses du travail sont notre bien commun ».

Nos anciens se sont battus pour les gagner, on se battra jusqu’au bout pour les garder.

 

Bourse du Travail pas a vendre

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